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Appartement de canut : quelles cloisons peut-on supprimer ?

Dans un logement-atelier de la Croix-Rousse, une cloison n'est jamais présumée légère. Voici les indices à observer, les pièges des hauts plafonds et le moment où il faut faire venir un ingénieur structure.

En bref. Dans un appartement de canut de la Croix-Rousse (Lyon 1er et 4e), aucune cloison ne se présume non porteuse. Ces logements-ateliers, hauts de 3,70 à 4 m environ, ont un plancher bois à poutres et solives appuyé sur des murs épais en pierre, parfois en pisé. Une cloison qui touche la poutre ou les solives, ou qui soutient la soupente, peut porter. Une visite d'ingénieur structure tranche en une heure. Un mur de 40 à 50 cm reste porteur en règle générale : l'ouvrir demande une étude (700 à 1 000 € HT indicativement) et l'accord de la copropriété.
Grande pièce d'un appartement ancien à plafond à poutres et solives apparentes, avec une cloison basse et une porte ouverte sur une chambre

Peut-on supprimer une cloison dans un appartement de canut ?

Oui, certaines cloisons se retirent, mais aucune ne se présume légère : dans un immeuble de canuts, seul un ingénieur structure qui a vu le plancher peut dire si elle porte.

À l'origine, un logement de canut était un atelier de tissage avec une petite cuisine et une soupente pour dormir. Il comptait donc peu de séparations, et beaucoup de cloisons actuelles viennent probablement de divisions plus tardives. Cela ne suffit pas à les innocenter. Une cloison ajoutée a pu recevoir une solive fatiguée. Une séparation ancienne en brique ou en pan de bois a pu être conçue, ou devenir avec le temps, l'appui d'une solive ou d'un poteau.

Comment est construit un immeuble de canuts ?

Comme un atelier empilé sur environ cinq niveaux, avec des murs épais en maçonnerie et des étages très hauts.

Le Guichet du Savoir de la Bibliothèque municipale de Lyon, qui s'appuie sur les études du patrimoine régional, décrit des immeubles-ateliers presque tous sur cinq niveaux, avec 3,70 à 4 m par étage pour loger les métiers Jacquard. Les musées Gadagne précisent, pour la maison Brunet construite entre 1824 et 1826, que ces métiers étaient fixés aux plafonds à la française et que les ateliers servaient aussi de logements.

Les murs se répartissent ainsi, toujours selon le Guichet du Savoir :

  • les façades sont en pierre, très ouvertes pour la lumière ;
  • les murs porteurs sont généralement en moellons de calcaire enduits à la chaux ;
  • du pisé (terre crue compactée) a été identifié dans plusieurs dizaines d'immeubles de canuts, pour certains pignons ou refends.

Le plancher, lui, est un plancher à poutres maîtresses et solives. Les solives sont soutenues par des poutres ancrées dans deux murs porteurs opposés, ce que les CAUE appellent une travure composée. C'est ce système qui transmet le poids aux murs. Une cloison n'y joue un rôle que si elle touche cet ensemble.

Quelles cloisons peuvent porter le plancher ou la soupente ?

Ce sont celles qui reçoivent des solives ou une poutre, et celles qui soutiennent la soupente. Aucun des indices suivants ne suffit seul ; c'est leur accumulation qui alerte.

  • Le sens des solives. Une cloison perpendiculaire aux solives peut en recevoir les extrémités. Le principe est détaillé dans l'article sur le sens des solives d'un plancher à la française.
  • Le contact avec le plafond. Une cloison qui monte jusqu'à la poutre ou aux solives est plus suspecte qu'une cloison qui s'arrête plus bas.
  • L'aplomb. Une cloison située à la verticale d'un mur de l'étage voisin fait peut-être partie d'une file porteuse.
  • Les désordres. Fissures en tête de cloison, portes qui frottent, parquet qui plonge : ils signalent une charge que la cloison reprend.
  • La soupente. Sa structure prend appui sur un mur, mais aussi parfois sur un poteau ou une cloison. Retirer ce qui est dessous sans étude peut la priver de son appui.
plancher du dessus (poutre, solives) soupente A B C A : touche la poutre, peut porter B : s'arrête sous le plafond, porte rarement C : soupente et son appui, à vérifier
Coupe de principe, hors échelle : la cloison A touche la poutre du plancher, la cloison B s'arrête plus bas, la soupente C s'appuie sur un mur et sur un montant. Le schéma illustre des indices, il ne remplace pas la visite.
Lecture indicative des indices. Aucun ne dispense de la visite d'un ingénieur structure.
Ce que vous observezCe que cela suggèreSuite à donner
Cloison fine (moins de 10 cm) qui s'arrête sous le plafondPlutôt une séparation légèreÀ croiser avec le sens des solives
Cloison qui touche la poutre ou les solives, perpendiculaire à ellesPeut recevoir le plancherVisite avant toute dépose
Cloison sous la soupente ou près de son appuiPeut soutenir la soupenteNe rien déposer sans étude
Mur de 40 à 50 cmPierre ou pisé, porteur en règle généraleSondage puis étude

Quels pièges cachent les hauts plafonds et la maçonnerie ancienne ?

Le premier piège est de croire qu'un mur épais est en pierre et qu'un mur ancien est sain.

  • Pierre ou pisé ? Selon le Guichet du Savoir, le pisé lyonnais a une épaisseur semblable à celle de la maçonnerie de moellons, soit 40 à 50 cm, et se distingue difficilement sans sondage. Les précautions ne sont pas les mêmes ; voir l'article sur les erreurs qui abîment un mur en pisé.
  • Une cloison élancée. Une séparation de 4 m de haut est plus élancée qu'une cloison de 2,50 m. La retirer peut changer la stabilité de l'ensemble, pas seulement le passage des charges.
  • La poutre apparente. Elle peut être structurelle ou décorative. Sa présence ou son absence ne prouve rien sur le mur voisin.
  • Les plafonds refaits. Un faux plafond ou un enduit cache le sens des solives et d'éventuelles reprises anciennes.

La page consacrée à l'ouverture d'un mur à la Croix-Rousse détaille les cas de mezzanine et de mur épais. Pour un premier tri, l'article sur les 7 indices d'une cloison porteuse reste la base.

Faut-il l'accord de la copropriété et de la mairie ?

Pour un mur porteur, oui : l'ouverture passe par l'assemblée générale. Pour une cloison réellement non porteuse, la loi laisse en principe une grande liberté.

L'article 3 de la loi du 10 juillet 1965 range le gros œuvre des bâtiments parmi les parties communes, sauf disposition contraire des titres. Ouvrir un mur porteur suppose donc l'autorisation de l'assemblée générale, comme l'explique le guide sur l'autorisation en copropriété. À l'inverse, l'article 9 permet à chaque copropriétaire d'user librement de ses parties privatives, sans porter atteinte aux droits des autres ni à la destination de l'immeuble. Relisez toutefois le règlement de copropriété, qui peut ajouter des règles.

Côté urbanisme, la Ville de Lyon indique que les pentes de la Croix-Rousse relèvent d'un site patrimonial remarquable géré par une AVAP, dont les règles portent sur l'extérieur des bâtiments. Pour un projet purement intérieur, demandez confirmation au service d'urbanisme ou à la mairie d'arrondissement pour votre adresse.

Combien coûte l'avis d'un ingénieur structure ?

Indicativement de 700 à 1 000 € HT pour l'étude d'une ouverture dans un mur porteur, et environ 1 200 € HT pour deux ouvertures dans le même mur.

La vérification d'une simple cloison se chiffre avec le bureau d'études au moment de la demande de visite. Si le mur porte, les travaux d'ouverture se situent indicativement entre 2 500 et 11 000 € TTC pour 1 à 4 m, hors finitions, avec environ 30 % de plus en pierre. Ce sont des ordres de grandeur : seul un devis fondé sur la note de calcul donne le prix réel. Toute intervention sur un élément porteur passe par un ingénieur structure et une entreprise assurée en décennale. Pour vérifier vos indices avant de le contacter, l'outil de diagnostic gratuit classe votre cloison en « porteur », « non porteur » ou « impossible à trancher ».

Questions fréquentes

Une poutre apparente au plafond prouve-t-elle qu'un mur porte ?

Non. Une poutre visible peut reprendre tout le plancher ou n'être qu'un décor. Seule une visite, parfois avec un sondage, permet de le savoir.

Peut-on créer une mezzanine sous 4 m de plafond ?

C'est souvent envisageable, mais la hauteur ne décide pas. Tout dépend de la capacité du plancher bois et des murs à reprendre les charges, ce que seule une étude de structure établit.

Un mur de 40 cm entre deux pièces est-il forcément en pierre ?

Non. À Lyon, le pisé a la même épaisseur que la pierre et se cache sous le même enduit. Un sondage réalisé par un professionnel permet de trancher.

Dois-je prévenir le syndic pour retirer une cloison ?

Une cloison non porteuse est en principe une partie privative, mais le règlement de copropriété peut prévoir des règles. En cas de doute sur son rôle porteur, faites d'abord vérifier par un ingénieur structure, puis informez le syndic.

Sources

Article d'information générale rédigé par Porteur ou pas. Il ne remplace pas l'avis d'un ingénieur structure qui a vu votre mur.

Testez votre cloison de canut

Épaisseur, matériau, sens des solives : l'outil gratuit indique si les indices vont vers « porteur » ou « non porteur », puis propose une visite par un bureau d'études.

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